BENEDICTE GARNIER FIHEY

PEINTURE CONTEMPORAINE

Bénédicte Garnier Fihey: au bonheur de peindre

(Brigitte Camus)

 

-----Sur les pas de Matisse, Bonnard, Vuillard, Bénédicte Garnier-Fihey s'inscrit dans la lignée des peintres du bonheur. Dans un monde tourmenté par de multiples interrogations, cette artiste, éprise d'intimisme et d'arts décoratifs comme les Nabis, a la sagesse et l'humilité de s'atttacher avec patience et obstination à résoudre les choses de la vie de peintre. Elle se met à la tache chaque jour depuis vingt ans avec le même bonheur car sa demeure et sa peinture -dont on ne sait lequel influence l'autre- respirent la même certitude tranquille du plaisir cueilli dans le geste quotidien. Chaque toile raconte cette même histoire d'une petite musique intérieure douce, posée, suave qui permet à Bénédicte Garnier Fihey de suivre sa voie en toute quiétude, sans révolution mais avec résolution.

------Tout ne fut pas facile, loin s'en faut, surtout lorsque, dans le milieu familial, on se retrouve seul "animal" de l'espèce artistique, décidé àvivre de et par sa passion. Quand Bénédicte Garnier Fihey abandonne son métier -elle est de formation scientifique- pour se consacrer entièrement à la peinture, elle y met la même rigueur et la même opiniâtreté.

-----Féconde en couleurs, elle a sans doute beaucoup regardé les estampes japonaises planes, colorées, asymétriques et médité sur le cloisonnisme hardi de Gauguin et d'Emile Bernard, copié les natures de Chardin au musée... Elle se nourrit en tout cas de la volupté de la matière, se délecte d'une composition soigneusement audacieuse, de drapés de tissus savamment posés dans une nature morte. Fuyant la spontanéité hasardeuse, elle préfère le questionnement et les exigences de ses maîtres -dont le peintre et graveur Olivier Delcourt qui lui a enseigné le doute.

-----La contemplation méditative de Bénédicte Garnier-Fihey se double d'une ouverture souvent jubilatoire vers des recherches techniques. Il n'est que de l'entendre évoquer sa quête de la lumière à travers son travail sur les "couches successives". Sa pâte dense tout en étant fluidifiée à l'extrême donne un aspect satiné, irisé et précieux à ses scènes d'intérieur. On la préfère lorsqu'elle s'éloigne du décoratif pour interroger le mystère d'une émotion et la grâce d'un instant, notamment dans cette belle "Lecture interrompue", pleine de sensibilité chatoyante ou dans "L'enfant à la cuisine", composition octogonale subtilement dérangée par une rupture de rythme. Ses pastels, paysages ou série de nus, et ses collages, abstraits s'inscrivent parfaitement dans la continuité de sa recherche. Lorsque cette artiste s'abandonne à la volupté de la matière, elle sait s'y fondre et nous perdre dans le chatoiement des couleurs. Elle rayonne d'une joie de vivre qui est celle de peindre.
Et ce bonheur est contagieux.

Brigitte Camus